Quand un diplomate du Caire porta la vision de Senghor jusqu'à la Méditerranée,  Boutros Boutros-Ghali
5 avril 2026

Quand un diplomate du Caire porta la vision de Senghor jusqu'à la Méditerranée, Boutros Boutros-Ghali

Quand un diplomate du Caire porta la vision de Senghor jusqu'à la Méditerranée,  Boutros Boutros-Ghali

Imaginez deux hommes d'État, séparés par des milliers de kilomètres et des cultures différentes, réunis par une seule conviction : que la langue française pouvait être, pour l'Afrique, non pas une cicatrice de la colonisation, mais une arme du développement. Ce pari, ils l'ont gagné.

Il s'appelle l'Université Senghor.

Tout commence par une conversation. Au début des années 1980, le Président Léopold Sédar Senghor et Boutros Boutros-Ghali, alors Ministre d'État égyptien des Affaires étrangères, partagent une idée commune : créer un établissement universitaire de langue française à Alexandrie, au service du développement africain. Deux hommes que tout semble séparer, l'un poète et président sénégalais, l'autre juriste et diplomate cairote, se retrouvent unis par une même vision de la Francophonie comme levier de développement pour l'Afrique.

Léopold Sédar Senghor, écrivain, membre de l'Académie française et ancien président de la République du Sénégal, était une figure incontournable de la Francophonie. C'est lui qui, dès 1962, avait posé les bases philosophiques du projet francophone en écrivant que la Francophonie est cet humanisme intégral qui se tisse autour de la terre. Son rêve : que la langue française devienne un outil d'émancipation et de formation pour les cadres africains, et non un simple héritage colonial.


Universite senghor, Boutros Ghali.jpg

Boutros-Ghali, le bâtisseur du rêve

Si Senghor a eu la vision, c'est Boutros-Ghali qui en a fait une réalité institutionnelle. L'idée fut reprise et précisée lors du Sommet de Québec en 1987, dans les entretiens qu'eurent Boutros Boutros-Ghali et Maurice Druon, Secrétaire perpétuel de l'Académie française.

Boutros-Ghali y déploie toute son influence pour convaincre l'Égypte d'accueillir ce projet sur son sol.

L'acte de création de l'Université Senghor fut signé à Dakar, en mai 1989, sous forme d'un protocole d'accord, avec Boutros Boutros-Ghali comme Représentant personnel du Président Moubarak, au nom du Gouvernement de la République Arabe d'Égypte. C'est lui qui appose sa signature. C'est lui qui engage son pays. Le 4 novembre 1990, l'Université Senghor fut solennellement inaugurée.

L'Université porte le nom de Léopold Sédar Senghor, figure majeure de la Francophonie, poète, penseur et ancien président de la République du Sénégal, qui a joué un rôle central dans la promotion de l'identité francophone à travers le monde. Un hommage que Boutros-Ghali lui-même a contribué à rendre possible, en faisant d'Alexandrie le foyer de ce projet commun.

La Francophonie n'est pas l'expression nostalgique d'un paradis perdu. La Francophonie, c'est 55 États et gouvernements qui ont rejoint, en toute indépendance et en toute liberté, notre Communauté, Boutros Boutros-Ghali,

Sénat français, 3 mai 2000

Un diplomate au service de la Francophonie

Boutros Boutros-Ghali est né le 14 novembre 1922 au Caire, dans une famille de la haute bourgeoisie copte. Formé en droit au Caire puis à la Sorbonne, il construit une carrière diplomatique exceptionnelle qui le mène jusqu'au sommet de la scène internationale. Il devient le sixième Secrétaire général des Nations unies, de janvier 1992 à décembre 1996, avant d'incarner une nouvelle mission. Sa connaissance et son amour de la langue française conduisent Jacques Chirac à lui confier, en 1997, la toute première charge de Secrétaire général de la Francophonie.

À ce poste, il s'emploie à faire de l'OIF un acteur politique crédible sur la scène mondiale, défenseur du plurilinguisme, de la démocratie et du développement durable - prolongeant ainsi, sur le plan institutionnel, les idéaux que Senghor avait semés.

Un héritage commun, vivant à Alexandrie

Boutros Boutros-Ghali s'est éteint le 16 février 2016 au Caire, à l'âge de 93 ans. Léopold Sédar Senghor l'avait précédé en 2001. Mais leur œuvre commune, elle, continue de vivre - à Alexandrie, dans chaque auditeur formé, dans chaque cadre africain qui repart sur le continent avec les outils pour bâtir son pays.

L'Université Senghor est leur conversation inachevée, devenue institution.


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